L’enfant que nous n’avons jamais cessé d’être

L’enfant que nous n’avons jamais cessé d’être

On croit souvent que l’enfance est derrière nous.
Une période révolue, rangée quelque part entre les souvenirs flous et les photos jaunies.
Mais en réalité, l’enfance ne s’en va jamais.

Elle se déplace.

Elle se cache dans les sensations.
Dans les réactions disproportionnées.
Dans les émotions qui surgissent sans prévenir.
Dans cette impression parfois étrange de ressentir trop, ou trop fort, sans savoir pourquoi.

L’enfant que nous avons été continue de regarder le monde à travers nous.


L’enfant silencieux

Avant les mots, avant les explications, avant les récits que l’on apprend à raconter, il y avait simplement un être qui ressentait.

Un enfant qui observait.
Qui percevait les tensions dans une pièce.
Qui sentait les joies, les peurs, les absences.
Sans les comprendre, mais sans les nier non plus.

Beaucoup d’enfants vivent dans ce monde intérieur très riche,
où les émotions sont vastes,
où les impressions sont profondes,
où la réalité ne se limite pas à ce que l’on voit.

Et souvent, personne ne leur demande ce qu’ils ressentent vraiment.
Alors ils apprennent à se taire.
À contenir.
À s’adapter.

Mais rien ne disparaît.
Tout s’imprime.


La mémoire invisible

Il existe une mémoire qui ne passe pas par les souvenirs clairs.
Une mémoire faite de sensations, de tensions, de vibrations.

Des moments qui n’ont jamais été racontés,
mais que le corps, lui, n’a jamais oubliés.

Un regard qui a blessé.
Une absence qui a pesé.
Une émotion trop grande pour être accueillie.

Tout cela s’est inscrit dans l’être,
comme un livre sans mots,
mais plein de sens.

Et plus tard, à l’âge adulte,
ces traces se manifestent sous forme d’hypersensibilité, de réactions intenses,
de sentiments qui semblent parfois venir de nulle part.

Ils viennent de loin.


L’hypersensibilité comme langage originel

On appelle cela « être trop sensible ».
Mais c’est peut-être simplement être très réceptif.

L’enfant hypersensible n’est pas fragile.
Il est poreux.
Ouvert.
Connecté.

Il capte les émotions, les ambiances, les non-dits.
Il ressent ce qui circule sous la surface.

Ce que le monde tente souvent d’endurcir,
était en réalité un langage.

Celui de l’âme.


La réconciliation

Guérir ne consiste pas à faire taire l’enfant que nous avons été.
Guérir, c’est l’écouter.

C’est reconnaître que ce que nous ressentons aujourd’hui
est la continuité de ce que nous avons toujours su.

Lorsque tu te sens submergé,
lorsque une émotion te traverse sans raison apparente,
lorsque quelque chose en toi réagit plus fort que la situation ne le justifie,
ce n’est pas un dysfonctionnement.

C’est une mémoire qui demande à être vue.

L’enfant que tu as été n’est pas une faiblesse à dépasser.
Il est une part essentielle de ton intelligence intérieure.

Et peut-être que le véritable chemin
n’est pas de devenir quelqu’un d’autre,
mais de retrouver celui ou celle que tu n’as jamais cessé d’être.

Bienvenue là où la mémoire devient lumière.

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